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Retours sur l'UTAT

publié le 11 nov. 2013 à 08:32 par courir a metz Metropole   [ mis à jour le·14 sept. 2014 à 08:07 par Bertrand DECHERY ]
Cette année, 3 sociétaires de l'A2M (Jean-Luc, Bertrand et Benoît) se sont programmés le 3 octobre dernier un nouveau défi, traverser la chaîne de l'Atlas au Maroc, autour de son sommet culminant, le mont Toubkal, et évidemment non pas à dos d'éléphant comme l'aurait fait Hannibal en son temps, mais bien à pied dans le cadre d'un ultra-trail de 105Km et 6500D+ appelé UTAT (>> lien vers le site de l'UTAT).

Au programme, 3 sommets de 3000 mètres et un point culminant, le Tizi n'Tarahate pointant à 3456 m d'altitude avec l'essentiel des difficultés regroupées sur la seconde moitié du parcours.

Voici leurs "ultra" longs récits : 

Ultra Trail Atlas Toubkal

Le récit de Bertrand et Benoît

Le départ s'effectue d'Oukaïmeden, la principale ... station de ski du Maroc, le village culminant à 2500 mètres est situé à 1H30 de bus de Marrakech. Car oui au Maroc aussi on peut skier ! Voici pour preuve le plan des pistes de cette petite station où on peut y trouver un Club Alpin Français dont le gîte sert de dortoir à l'organisation et à quelques coureurs de cet ultra, les autres coureurs dormant en tente un peu plus loin.

Tous les participants pour l’ultra trail ou pour les distances plus courtes (42Km et 26km) arrivent progressivement les mardi et mercredi au gré des atterrissages d’avion dont les horaires ont pu être décalés jusqu’à la dernière minute comme pour Bertrand qui finalement arrivera à la station mercredi à 20H pour la course le lendemain à l’aube. Jean-Luc et Benoît quant à eux étaient arrivés la veille et ont ainsi pu se remettre d’une tourista contractée … en région parisienne ! Le 4ème compagnon de chambrée sera un sympathique sexagénaire landais, Jean-Marie, dont la capacité de parole était proportionnelle à sa faculté de perdre ou oublier ses affaires.

Le départ de la course s’effectue jeudi matin à 6H00 avant le lever du soleil. Les conditions météo sont optimales : Il fait doux à 2600 mètres d’altitude ce qui augure d’une belle journée ensoleillée et chaude. Nous commençons par une belle montée large et progressive jusqu’à 3000 mètres d’altitude pour nous retrouver à l'aube au dessus des nuages.


Nous entamons alors une grande descente, traversant les premiers villages et devenant peu à peu de plus en plus technique, la chaleur augmentant au fur et à mesure. AU CP2 après 20Km, les participants du 42Km partis en même temps que nous quittent, ce qui fait que nous nous retrouvons plus facilement seuls. Heureusement, le balisage est conséquent et permet de se concentrer sur le parcours à moins d’une faute d’inattention (c’est arrivé à Benoît !). 

La première montée technique arrive après le 20ème kilomètre, Benoît sort ses bâtons (les « minimalistes » Jean-Luc et Bertrand préférant s’en remettre à leurs seules jambes tout au long de la course). Nous traversons des paysages montagneux très arides et quelques villages encore alimentés en électricité et les points d’eau sont plutôt rares.

Le CP3 est au 30ème km. Nous devons effectuer nos provisions d’eau et de nourriture car le prochain CP liquide et solide se situe 38km plus loin. Ces 38 km exigent 7 à 8h pour être parcourus, alors que nous arrivons au zénith de la journée au plus bas du parcours (1500 m d’altitude) et qu’il fait aux alentours de 30°C ! La notion  d’autosuffisance prend ici tout son sens et nous comprenons pourquoi les pastilles de purification d’eau font partie du matériel obligatoire : Bertrand a pour sa part remplit son camelback dans une rivière afin d’éviter la pénurie... Nous croisons en repartant le premier abandon de cet ultra-trail qui dans une descente très pentue s’est cogné le front et saigne abondamment mais sa blessure sera plus spectaculaire que grave. Il n’a pas le choix : il doit effectuer quelques kilomètres en sens inverse pour revenir au CP3 afin d’être pris en charge par l’organisation. Dans ce genre d’ultra en milieu reculé et hostile, la semi-autonomie prend à nouveau  tout son sens et chacun doit pouvoir se gérer au plus possible.

La suite du parcours est quasiment une succession de montées de plus en plus pentues nous faisant passer de 1600 mètres à 3000 mètres en un peu moins de 30Km. Nous traversons alors des villages berbères perdus au milieu de nulle part qui semblent directement sortis des montagnes, où les enfants aux vêtements salis nous regardent comme des bêtes curieuses et quémandant rarement quelques bonbons que nous n’avons pas. Les commerçants bien malins quant à eux se postent à un sommet avec des seaux remplis de boissons gazeuses que les coureurs déshydratés par la chaleur et l’effort ne manqueront pas d’acheter.

Benoît aurait peut-être dû en profiter car au 50ème km au CP4, il renoncera à continuer pris d’un coup de chaud et certainement impressionné par le mur de 600 mètres de D+ qui se trouve en face de lui où aucun chemin ne semble tracé. Son périple ne s’arrêtera pas là car, après une nuit passée en tente, il lui faudra avec les quelques autres compagnons d’infortune retourner au CP3 situé à une vingtaine de km pour être réacheminé à Oukaïmeden. 

Jean-Luc et Bertrand continuent quant à eux leur périple avec des fortunes diverses, Bertrand étant pris de crampes dès le 35ème km qui le contraindront à continuer en marchant. Ces douleurs aux jambes ont d’ailleurs failli avoir raison de son moral : les 40 km sous le soleil traversés péniblement dans la caillasse, sans ravitaillement, lui ont également donné l’envie d’abandonner. Néanmoins, comme l’indique Benoit, l’abandon sur l’UTAT n’est pas non plus chose facile et Bertrand a préféré faire 20 km plus loin jusqu’au prochain ravitaillement, qui fut salutaire pour ses jambes et son moral.

En effet, au 68ème Km les participants ont la possibilité de bien se restaurer et, s’ils le souhaitent, de se reposer sous tente, pour reprendre des forces afin de s’attaquer au point culminant du parcours, le Tizi n'Tarahate dont le sommet se trouve à plus de 3500 mètres. Bertrand en profite pour se reposer 45 mn et faire le point sur la situation : continuer ou arrêter ? Après 4 bols de soupe aux pâtes, le oui l’emporte de peu et Bertrand se remet en route en sachant que la suite va être très difficile. Au pied du Tizi n'Tarahate, il fait déjà nuit et nous avons près de 80 km dans les pattes. Au loin nous voyons les lumières éparses des lampes frontales de ceux qui sont déjà en train de gravir ce col. Ils semblent si loin, et si haut ! L’ascension se fait à un prudemment, et au-delà de 3000m, le souffle se fait court. A mesure que nous prenons de l’altitude, les conditions climatiques sont difficiles. Le sommet est balayé par un vent glacial et l’oxygène se raréfie, la plupart des concurrents le ressentent, nottament de nuit. C’est un vrai contraste avec la chaleur de la journée, il faut sortir gants, bonnet, pull, etc...

L’ascension en elle-même fut très éprouvante mais que dire de la descente, très technique, pierreuse et hyper pentue : 1200 m sur 4 km ! On démarre par une main courante qui longe les parois, puis c’est le pierrier. Il n’est guère possible de courir sans risquer de chuter lourdement, comme cela fut le cas pour notre compagnon de chambrée Jean-Marie qui se retrouvera avec un beau cocard à l’œil gauche tel un boxeur (Le landais abandonnera d’ailleurs  par KO au 88èmeKm). Pour Bertrand, ce passage exigera près de 3h d’efforts et sera vécu comme un cauchemar de trailer : il tombe plusieurs fois ; à chaque pas, il dérape, glisse, tape une pierre … La faute à la nuit, le froid, la fatigue, les mauvais appuis, le terrain technique. 

La descente se poursuit sur quelques kilomètres un peu moins techniques puis nous entrons dans le village d’Imlil. Après avoir traversé des villages reculés et très pauvres, il s’agit ici d’une petite ville touristique, avec des routes, des voitures, des gîtes…  Le ravitaillement tant attendu, signe de chaleur, de repos, de nourriture, semble n’être jamais au bout du chemin : nous traversons des rues pendant près de 30 mn avant d’y parvenir. Ce 88ème kilomètre correspond en fait au CP12 où les participants peuvent profiter de leur sac d’allègement et se changer avant d’entamer les dernières ascensions qu’il ne faut pas négliger. Bertrand s’y arrête et s’y restaure 30 mn avant de repartir tandis que d’autres en profitent pour dormir. Les organismes sont déjà bien éprouvés et 3 cols sont encore au programme pour remonter de 1600 mètres à 3000 mètres. Et les organisateurs n’y sont pas allés de main morte car la fin du parcours reste hyper technique et très pierreuse. Les 17 km à venir demanderont ainsi pas moins de 6-7h à Bertrand, qui malgré un moral en ruine et des jambes démolies, s’étonne des capacités du corps à avancer sous la fatigue et sans sommeil. 

Les plus braves d’entre nous passeront donc avec leurs tripes ces dernières difficultés pour retrouver Oukaïmeden bardés de drapeaux marocains flottants au vent et annonçant l’arrivée finale. Celle-ci sera franchie au bout de 12h49 heures d’effort pour le vainqueur et près de 36 heures pour la dernière, une italienne très motivée et bien valeureuse car déjà seule dès le 40ème km. Nos messins quant à eux seront finishers en environ 24 heures pour Jean-Luc et 27 heures pour Bertrand. 
Le traditionnel couscous est alors offert aux coureurs multi-courbaturés en guise de dernier repas avant de penser à repartir le lendemain pour leur pays. 
Mais nos 3 mosellans ne manqueront pas de boire un thé à la menthe avant de reprendre le bus du retour, histoire de profiter des derniers rayons de soleil Marocains tout en se narrant leurs aventures respectives parsemées de beaux souvenirs que nous tentons de partager via ce récit illustré de nos quelques photos.


Les impressions de Jean-Luc

-5h45, il faut y aller les gars.

Nous quittons le confort de la chambre pour le froid du petit matin. Il fait nuit, nous entrons dans le sas de départ. Dernière photo et derniers encouragements mutuels. Il est 6h, c'est parti!

D'un commun accord nous prenons un départ tranquille car avec les marathoniens nous sommes nombreux sur la piste qui monte déjà sur 8km vers le premier col.

Il est atteint lorsque le jour se lève, et nous offre un panorama à couper le souffle; la plaine de Marrakech dans les nuages s'étale à nos pieds. Sur la crête, nous passons le PC1. Benoît et Bertrand, légèrement en retrait, prennent les premières photos d'une longue série.

On bascule dans la vallée de l'oued Ourika par un long chemin en lacets. J'accélère très légèrement, ce qui me permet de reprendre quelques coureurs  dans la descente. La piste se réduit à un sentier très pentu avant la traversée des cultures en terrasses qui surplombent le village d'Agouns. 

Ébloui par ce paysage magnifique, en manque de vigilance, je me retrouve par terre après une belle glissade sur les cailloux. Nous n'avons pas encore parcouru 20 km et je tombe déjà! Je vais devoir faire attention et être plus concentré dans les descentes. Tant pis pour le décor!


Un beau parcours tout en creux et en bosses en fond de vallée le long de l'oued nous mène au contrôle 2 où nous nous séparons des marathoniens.
Le reste de la vallée se prolonge par des traversées de villages où des grappes de jeunes enfants très pauvrement vêtus nous accueillent tout sourire en frappant dans nos mains lors de notre passage. En bout de vallée, nous empruntons une longue piste très roulante (la dernière).


J'accélère encore un peu et passe des concurrents qui marchent déjà, je continue mon effort, le PC 3 et en vue.
Arrivé au contrôle qui fait office de ravitaillement en liquide je me jette sur le coca : "Ah! Il est bien frais!"


Je me pose quelques minutes pour me restaurer et vider mes chaussures de tous les cailloux amassés  depuis le départ. Je fais le plein de ma poche à eau et des deux bidons vides que j'ai pris soin d'emporter en prévision des 38km qui nous séparent du prochain ravitaillement.
Je demande mon classement au contrôleur. "45ème, c'est bien, courage pour la suite..."

Dans la descente qui suit je reprends une autre barre céréale, j'ai encore faim... Le sentier très pentu nous mène vers le gué de l'Ourika. En passant la rivière je loupe un appuis sur une pierre et finis la traversée les deux pieds mouillés !

Après le village de Tamatert, nous montons au col par un petit raidillon bien cassant. Le terrain devient plus exigeant, nous sommes maintenant dans une des régions les plus reculée de l'Atlas et pendant 40km la course alterne sentiers sinueux et pierriers.

Un autre col, une autre vallée, PC4. Un autre col, une autre vallée, PC 5...
Nous traversons un autre oued dans une jolie vallée entre les cultures et atteignons le contrôle 6 qui est le deuxième ravitaillement solide au 68ème km. Ici il y a de la soupe, j'en prends deux bols qui me rassasient. Je resterais bien un peu plus longtemps assis sur ce matelas si confortable mais d'autres coureurs arrivent par petits groupes; il faut repartir si je veux garder mon classement...

Prochain ravitaillement en eau dans 20km et 1300 m de dénivelé positif; je refais le plein.
En fond de vallée je croise des jeunes filles chargées d'un énorme ballot de fourrage. Elles sont précédées par quelques maigres vaches. Nous ne pouvons pas circuler à deux de front sur le sentier et je m'écarte car les bêtes continuent leur chemin sans la moindre considération pour un trailleur fatigué.


Avec un beau sourire, les berbères m'invitent à poursuivre ma route. "Choukrane !" ( « merci » en berbère).

Fier de les avoir surprises par mes connaissances linguistique ( un mot!) j'entame la courte montée du Tizi n'tTifourhate, passe par le PC7 et redescend vers le contrôle 8 au pied du géant du jour, le col du Tizi n'Tarharate à 3456m d'altitude. Le contrôleur me montre un col face à nous sur lequel on devine une tente. "C'est le PC 9, arrivé là il te restera 300m de dénivelé à gravir pour attaquer la grande descente. Bon courage!"

Avant d'entamer la montée, j'essaye de manger mais la barre à du mal à passer, je dois boire une gorgée d'eau à chaque bouchée.
La nuit tombe, je prépare ma frontale. L’ascension se passe bien, je prends un rythme régulier mais le terrain est de plus en plus raide et le vent se lève, je fais une pause pour passer un coupe vent.

Les lumières de la tente du PC sont comme un phare dans la nuit mais malgré ma bonne allure j'ai la désagréable sensation de les voir reculer...
Plus je monte, plus le vent est violent et plus j'ai froid. Des lumières commencent à se rapprocher derrière moi, il ne faut pas s'arrêter avant le col!
Enfin la tente est devant moi, je grelotte "Je peux entrer pour mettre ma veste?"

A l'intérieur il fait presque chaud. Trois muletiers sont assis autour d'une marmite. Ce point de contrôle n'est pas un ravitaillement mais un peu de soupe me ferait le plus grand bien...
Un berbère m'en tend une assiette que j’accepte avec un grand choukrane qui le fait sourire. Ils échangent quelques mots entre eux; je pense que je suis en train de me faire chambrer gentiment mais la soupe est bonne et à ce moment, pour moi c'est le principal.
J'enfile ma veste par dessus le coupe vent et je ne m’attarde pas, il reste 300m de D+ pour être en haut.

Je sors, il fait toujours aussi froid, la tente est battue par les vents, le contrôleur emmitouflé dans sa doudoune me lance un: "Allez, courage!" 
"Merci, bonne nuit." Et je repars
.
Le sommet est atteint rapidement, PC 10 il fait moins froid qu'au col, un médecin me pose des questions sur ma course pour vérifier si tout va bien et me conseille d'entamer doucement l’impressionnante descente technique qui m'attend.
Je cours tranquillement, le terrain est très instable et change de nature à chaque virage; cailloux, gravillons, blocs de pierre... Tous les appuis demandent une attention particulière.

Après quelques lacets j’aperçois plus bas une lumière, je m'en approche régulièrement. Arrivé à sa hauteur le coureur me laisse passer "Ça va?"
"Oui mais c'est long !" C'est vrai qu'elle est longue cette descente, 1200 de D- sur 4km.

Un petit replat est le bienvenu, j'en profite pour m'arrêter et prendre un gel, il tombe dans un grand trou, mon estomac est un puits sans fond...
Trois autres frontales en vue, je les rattrape rapidement, ce sont des italiens "Ça va?"
"Si, si, mais c'est long..."

C'est interminable...
Le 11ème PC est au milieu de la descente, le contrôleur m'encourage à rester prudent mais la suite est moins raide, le sentier s’élargit, tout va bien, j'accélère.
Le village d'Imlil n'est plus qu'à 6km, on y trouvera le ravitaillement le plus important de la course, mon sac de change m'y attend.
Je vais remplacer les piles de ma lampe, car elle semble faiblir.

A l'entrée du village je retrouve un couple qui m'a doublé en début d'après midi. Nous engageons la conversation et nous sommes d'accord pour dire que nous venons de passer la plus grande difficulté du parcours.
Nous cheminons ensemble sur le sentier bordé de noyers et retrouvons le goudron à l'entrée du village.
Le PC 12 est installé dans l'entrée d'un gîte d'étape. Enfin un peu de confort : une grande table bien garnie nous attend, fruits frais, barres céréales, chocolat...
Je vide trois verres de soda orange, deux bols d’excellente soupe pommes de terre carottes mais l'assiette de pâtes ne passe pas.
Certains coureurs se changent, j'ai des échauffements sous les pieds depuis de nombreux kilomètres mais je n'ose pas enlever mes chaussures, je finirai comme ça.
Il me manque une pile pour la lampe, je n'en change que deux...
Je quitte rapidement la chaleur de ce refuge et repart dans la nuit à travers le village endormi.

La suite de la course se prolonge dans la vallée au bord de l'oued jusqu'au village d'Aguersioual qui marque le début de l’ascension de l'avant dernier col. Dans la montée je suis rattrapé par les trois italiens qui me doublent facilement, suivis de près par une concurrente hollandaise. Je lui emboîte le pas, j'essaye de tenir la cadence,  elle va  vite, de plus ma frontale donne d'inquiétants signes de fatigue, j'ai beaucoup de mal à voir le balisage fluo.
Dans la courte descente suivante la traileuse batave s'envole, je ne vois plus rien.

La dernière côte est devant moi; 9km et 1000m de D+ pour atteindre la ligne d'arrivée sur le plateau d'Oukaïmaden.
Je dois attendre un coureur pour poursuivre dans ses pas et profiter du halo de sa frontale mais lui aussi est trop rapide et il me lâche facilement. Je temporise encore jusqu'au suivant. Je suis à la limite de la panique, finir de cette façon n'a rien pour me réjouir.
Celui là me propose ses piles de rechange. Le temps pris pour les remplacer il est déjà loin.

Enfin je repart dans de bonnes conditions, ces arrêts forcés ont été bénéfiques, je rejoint bientôt mon 'sauveur'. "On finit ensemble?"
"Non je suis cuit, maintenant que tu vois clair, vas-y"

Je poursuis ma route et distingue, un lacet au dessus de moi, les lueurs émises par les lampes des trois transalpins; j'allonge le pas.
Nous passons ensemble entre les mâts des drapeaux marquant le sommet.
Au loin dans la plaine, le campement, l'arrivée! Je force l'allure, distance le groupe, loupe une marque du balisage, quitte le chemin mais le terrain est stable, je vise les tentes et lâche tout. Dans la pente, je reprends encore trois coureurs, ils s'accrochent, je les sens derrière moi.A l'entrée du village, je sprinte et passe la ligne une minute avant eux.

Ça y est, c'est fini!!!
Je me sens étonnement frais, satisfait de ma course, il est 6h20 et je n'ai pas sommeil...

Les photos