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Le Trail des Citadelles, 73 km sur les terres cathares

publié le 18 avr. 2012 à 22:03 par courir a metz Metropole   [ mis à jour le·23 avr. 2012 à 10:05 par Bertrand DECHERY ]

Il y a un peu plus d’une semaine, avant de démarrer la course dont je vais vous parler, je pensais sincèrement que mon reportage serait écrit d’une encre teintée de sueur, de sang et de larmes ! Je m’étais préparé à rédiger autant d’envolées lyriques sur le papier, qu’il y aurait eu de moments durs et éprouvants dans cette course des Citadelles, une épreuve de 73 km dans les montagnes des Pyrénées. Pourtant, le dramaturge qui sommeille en moi doit bien se résigner : cette course a été un pur plaisir du début à la fin! Et si ce challenge, je l’ai couru seul, c’est bien grâce à la qualité de tout un groupe qui j’ai pu le finir avec le sourire …

En octobre dernier, je courais ma première course, le Marathon de Metz. Je m’étais inscrit 2 jours avant suite à une boutade d’un ami qui m’a mis au défi de faire cette course plutôt que les 7 km des Foulées d’Haganis, parcours pour lequel je m’étais préparé en tant que joggeur du dimanche. Après avoir terminé la course en 4h, sans trop de dégâts, je me suis dit qu’il fallait persévérer dans les courses d’endurance.

C’est alors que j’ai rejoint le groupe de course et découvert qu’il existait à Metz des coureuses et coureurs chevronnés et passionnés, capables de faire les Trails du Mont-Blanc, des courses de prestige dont je ne soupçonnais même pas l’existence il y a quelques mois encore. J’ai rapidement pris goût aux courses dans la nature et aux sorties dominicales en groupe sur le Saint-Quentin et les collines environnantes, même lorsqu’il fait -10° en hiver !

En décembre, un ami des Pyrénées me parle de la Course des Citadelles qui se déroule en Ariège en avril. Il me propose de faire le 20 km avec lui, mais j’opte finalement pour le fameux 73 km et ses 3600 mètres de dénivelé positif. Peut-être par goût du défi. Ou s’agit-il d’un coup de folie ?

 
Le challenge qui se dresse devant moi est important, j’ai 3 mois pour m’y préparer. Heureusement, au même moment, les trailers du groupe se lancent dans un plan d’entraînement pour l’Eco-Trail de Paris, avec des objectifs similaires au mien. Petit à petit, entre les fractionnés de la semaine, le travail sur la VMA, les sorties longues,… je me vois progresser, en vitesse, en capacités d’endurance, avec surtout, le plaisir de s’entraîner en groupe et de partager notre passion commune.

La semaine précédant la course, je prépare mon sac, anticipe mes temps de passage ou scrute la météo très incertaine. Cela fait maintenant 4 mois que je cours en pensant à ce Trail ; plus la deadline approche, plus je stresse : suis-je assez préparé ? Je vais peut-être me blesser ? Ou avoir des problèmes de digestion ? ... En fin de compte, tout semble bien parti, sauf que la météo craque la veille de la course ! Les orages et la pluie noient le tracé dans la boue. Pour tout dire, jamais je n’aurai vu autant de boue de ma vie que dans cette course !

 
Le jour J, le dimanche 8 avril, nous nous retrouvons à un peu plus de 300 au départ, dans la nuit à 6h00 du matin. Les frontales sont allumées, le pack de coureurs s’excite, les champions se tiennent devant, prêts à partir pour engloutir la course en 7 petites heures. La fameuse musique des Citadelles sort des enceintes, puis c’est le départ. J’ai l’impression que la meute avance à un rythme assez rapide pour une telle course. Pour ma part, je me dis que la course ne se joue pas ici, mais se fera à partir des kilomètres 50/60. Tout au long, je maintiens mon crédo : doucement dans les montées, tranquille sur le plat, et je lâche un peu dans les descentes, mais jamais à fond, toujours en avoir sous le pied pour finir.

Ma philosophie semble la bonne ; dès le premier ravito au km 18, je dépasse quelques coureurs qui déjà tirent la langue et paraissent cuits. Je suis surpris car je ne me rends pas compte du temps qui passe : déjà 4h30 de course, et j’ai toujours la forme et le moral. Jamais je n’avais couru aussi longtemps ! Mais le plus gros des 3600 m de montées est encore devant moi. D’ailleurs, alors que nous courons toujours dans des sentiers forestiers, au loin, émerge le château de Montségur, juché sur son pain de sucre abrupt. La montagne paraît si raide, difficile de croire qu’on va devoir monter tout çà !

J’ai peur de me réjouir trop vite. Vers les km 34/40, après le ravito 2, j’ai un coup de fatigue, je commence à sentir mes jambes. Je me dis que ca ne fera que s’amplifier avec les kilomètres. Heureusement, ce mauvais passage laisse à nouveau place à la bonne humeur et à l’énergie. Il faut dire que ce trail est très plaisant. En regardant à gauche ou à droite, les vallées et les montagnes des Pyrénées se dessinent dans la brume ou la grisaille. Parfois un peu de soleil magnifie encore le tableau.

Une fois les 700 m de Montségur avalés, environ à mi-parcours, il reste encore de belles côtes à venir. Et beaucoup de boue, encore de la boue et des passages assez techniques. Le plus dur sera pour moi la montée près du château de Roquefixade, qui offre un point de vue superbe.

Je n’ai plus de jus dans les cuisses et je fais de petites pauses régulières. Je me fais dépasser régulièrement mais je rattrape et dépasse mes poursuivants dans les descentes.

Pour les 4 derniers km, les organisateurs nous ont gâtés : une montée très raide, et un passage sur des crêtes très techniques, avec des roches saillantes qui entravent la progression. La dernière descente se fait en s’agrippant à une corde car c’est très raide, et toujours très boueux ! A 100 m de l’arrivée, j’ai encore assez de ressources pour faire un sprint et doubler 3 trailers. Je finis avec le sourire, vraiment surpris d’être en si bon état après 70 bornes d’un terrain très gras, et sans ampoules ni bobos. Je suis satisfait car j’ai tenu mon objectif : moins de 12h (11h50). Je suis 153è et plus de 50 coureurs sur les 300 de départs ont abandonné.

Je n’avais rien planifié après cette course, je voulais d’abord savoir comment j’allais la finir. Maintenant que je conclus ce texte, il faut que je trouve rapidement de nouveaux trails à faire pour le reste de l’année !

Bertrand Schmitt