Nos courses‎ > ‎Les reportages‎ > ‎

Le marathon de Paris 2010

publié le 22 avr. 2010 à 12:12 par Joël Conraud   [ mis à jour : 22 avr. 2010 à 12:33 ]

Témoignage de Benoit Desaute

Ça y est, le jour tant attendu arrive, je suis à Paris, sur les Champs. C'est le défi impossible que je me suis lancé il y a 1,5 ans. Faire un marathon. Ce dimanche matin, bien qu'un peu frais et venteux, semble idéal car le soleil s'annonce déjà. 
Dans les sas de départ, chacun gère l'attente à sa façon. Certains sont assis, prostrés, à la recherche d'un calme intérieur ; d'autres, comme Marjorie et Renate, plaisantent et dansent, surmotivés par l'événement. Pour ma part, je suis plutôt concentré, me demandant quand même comment cela va se passer, même si a priori je suis bien préparé grâce au plan de coach Yves
Les barrières des sas se retirent, on entend le starter, on va pouvoir y aller !!! Euhhh... Non en fait... Le départ est loin et il faut encore marcher quelques minutes avant de l'atteindre. 
Enfin, je cours. Je suis parti du sas de 4 heures alors qu'a priori je dois pouvoir faire 3H30'. On verra bien, mais j'aime ça car cela veut dire que, si tout se passe bien, je vais pouvoir doubler souvent.

 

Les premiers kilos sont faciles, presque trop, en descente. Je tempère mon enthousiasme même si mon cœur est bas. Après tout c'est mon premier marathon et ce serait bête de se brûler dès le départ. 
Km 5 : Tout se passe bien, je prends les trottoirs pour dépasser plus vite. Ma montre GPS est déjà bien en avance par rapport au kilométrage officiel. C'est que je dois beaucoup zigzaguer. C'est grisant ! 
Km 10 : On approche du Bois de Vincennes. Il y a des sols moins bitumés. Je préfère les prendre. J'essaie de regarder les T-shirts des coureurs : quelques uns mettent leur photo, ou celle de leurs proches, un message « pour X » ou le plus souvent pour les orphelins des sapeurs pompiers. J'ai mis  le t-shirt des foulées de Tom ! 
Km15 : Le cœur se stabilise à 160. J'ai l'impression de sentir un caillou dans ma chaussure, que mon genou droit va flancher, qu'il y a un frottement à mon mollet gauche. Je me demande quand même si je vais tenir la distance. Je vois des groupes qui poussent une carriole avec quelqu'un qui ne pourra jamais courir. Ils se font encourager. Finalement, je me dis que j'ai de la chance et que cela va être facile car je n'ai rien à porter. 
Km 20 : Mon beauf me téléphone pour me dire qu'il s'est placé sur le parcours près du Louvre . Je lui demande « à quel kilomètre es-tu ? ». Il ne sait pas. A tous les coups on va se manquer. J'en profite pour envoyer un SMS à Bertrand qui me rétorque un «Plus vite » qui ne m'étonne guère. 
Km 23 : On arrive sur les quais de Seine où il est moins facile de doubler. C'est incroyable : même après avoir effectué plus de la moitié du parcours, il y a toujours autant de monde derrière, devant et sur les côtés. 
Km 25 : Je m'asperge souvent d'eau aux ravitaillements pour ne pas me déshydrater. J'essaie de ne pas trop m'attarder. J'ai prévu une ceinture avec quelques potions magiques connues des coureurs. 
Km 26 : On passe un tunnel. Un train passe au dessus de nous. Ah non. Ce n'est pas le train, c'est la clameur des coureurs. Impressionnant ! 
Km 30 : J'ai manqué mon beauf. C'était sûr. Je fais bien attention de passer sur les tapis de chronométrage car je me sais surveiller à distance par SMS par Isa et Bertrand (et tous les trailers de Metz apprendrai-je plus tard). J'attends le « mur » dont on me parlait tant. Je me rends compte que je n'ai pas beaucoup profité des monuments de Paris, trop concentré sur ma course. 
Km 35 : J'ai l'impression de ne pas connaître le mur. Le cœur est quand même à 170 mais j'ai de la marge. Les jambes commencent à faire mal mais globalement ça va. Je vois les fanions de 3H30 devant moi. J'accélérerai au 37ème ou  au 38ème pour les rattraper. Je commence à voir de plus en plus de personnes qui marchent ou boitent. 
Km 37 : Bois de Boulogne. Les jambes pèsent. Je verrai au 38ème ou au 39ème pour accélérer 
Km 39 : Je double beaucoup moins. Il y a toujours autant de monde autour de moi. Les jambes  sont lourdes. J'accélérerai les 3 derniers kilos 
Km 40 : Impossible d'accélérer. Les jambes... On verra sur les 2 derniers kilos. Les fanions sont à portée. 
Km 41 : Double plus. Trop dur. Mes jambes. Vivement l'arrivée. 
Km 42 : Allez, je suis presque arrivé. Je jette mes dernières forces. Pas envie de sourire à la caméra finale. Les fanions seront restés devant moi. 
Km 42,195 : ENFIN, c'est fini ! Enfin c'est fait !

 
Voilà, après quelques étirements - et un coup de fil - je me dirige de nouveau vers les Champs réinvestis par les badauds et les endimanchés.  Je me dis que ce défi qui me paraissait impossible a été réalisé, et dans des temps que je n'imaginais même pas il y a 6 mois. Et, quand bien même cela fut dur vers la fin, cela valait le coup de le faire, et de le refaire pour connaître ce sentiment de s'être surpassé.