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La 6000 D : un glacier et 35°C

publié le 29 juil. 2013 à 06:11 par courir a metz Metropole   [ mis à jour : 19 juin 2014 à 23:56 ]
La >> 6000 D est une des plus anciennes courses de montagne de France
 (24ème édition en 2013) et tire son nom des 6000 mètres de dénivelés positifs et négatifs qui attendaient à l’origine les coureurs sur le parcours. Au fil des ans, le tracé s’est allongé et compte désormais 63-64 km pour 3500 m de d+ et 3500 m de d- (d’après les montres de plusieurs coureurs) : il faudrait la renommer en 7000 D ;-) ! 

Mon objectif du mois de juillet était en fait l’Aneto Trail dans les Pyrénées. La course aurait dû avoir lieu le 13 juillet mais a été annulée suite aux graves intempéries survenues dans la zone (ponts et routes arrachés, villages endommagés, etc). Je décide donc de rejoindre Benoît sur la 6000 D car les inscriptions sont encore possibles jusqu’à la mi-juillet, une chance ! Cela me permet également de bénéficier de 2 semaines supplémentaires pour me préparer, la 6000 D ayant lieu le 27 juillet :-) 

J’appréhende cette course car il s’agit de faire 30 km de montée puis 30 km de descente. Je n’ai pas l’habitude de ce genre de profils et j’ai peur de souffrir dans les descentes. Benoît quant à lui a fait la TGV (Tour des Glaciers de la Vanoise, 63 km et 3800 d+) fin juin. Il a bien du courage (et de l’inconscience ;-) ?) d’enchaîner 2 grosses courses en un mois !

En route vers La Plagne

Pour ma part je fais le trajet en train et à partir de Lyon, la clim ne fonctionne plus, les 3 dernières heures de voyage se font dans une chaleur étouffante. En changeant de compartiment pour chercher de la fraîcheur, je rencontre 2 traileurs, l’un breton, l’autre francilien, qui font la même course et sont aussi inscrits au Grand Raid de la Réunion, communément appelée la Diagonale des Fous, qui aura lieu mi octobre. Le breton a déjà fini 41ème du Grand Raid en 2010, il a du niveau le garçon ! 

Vue de l'appartement

Au loin, le Mont-Blanc

Arrivé au village d’Aime, Benoît m’attend à la gare. Nous allons chercher mon dossard puis passons à la Pasta Party pour remplir nos estomacs des indispensables glucides lents. On se rend compte que l’organisation est bien rodée et dispose de gros moyens. Les bénévoles sont nombreux et sympas. On rejoint finalement notre appartement loué à la station de La Plagne, à 2000 m d’altitude, ce qui nous permettra de passer une nuit plus fraîche que dans la vallée déjà surchauffée en cette période de canicule. La vue sur les montagnes est très belle et nous pouvons apercevoir le majestueux Mont Blanc à peine couvert par un cumulus au détour d’un virage lors de la montée en voiture vers La Plagne. Nous sommes 2 et il y a de la place pour 8 dans l’appart, on peut étaler nos affaires ! Au dodo à 21h30-22h, réveil réglé à 4h. 

Et c'est parti pour 60 bornes

Samedi matin : pour une fois j’ai plutôt bien dormi la veille d’une course. Benoît semble avoir eu le sommeil plus difficile :-) Le temps d’avaler le petit-déjeuner, on redescend dans la vallée pour prendre le départ à Aime à 6h00. Il fait déjà doux et la météo est annoncée comme caniculaire… Pour cette course, je n’ai pas vraiment d’objectif, mais un chrono en moins de 10h me semble réalisable. Tout dépendra du parcours, selon que le terrain soit technique ou pas. Nous sommes près de 1200 sur la ligne de départ. Benoît et moi restons à l’arrière, pour éviter de partir trop vite. 

Les premiers kilomètres se font sur du plat dans le village puis laissent la place à de larges chemins forestiers, à la pente assez faible pour être courus. Comme je suis parti tout à l’arrière du peloton, je dépasse beaucoup de monde durant les 2 premières heures de montée, en prenant soin d’éviter les bâtons des coureurs qui ne savent pas les tenir ! J’arrive dans la piste de bobsleigh, la nouveauté de l’édition 2013 : une vingtaine de virages à remonter qui s’avèrent assez ludiques au final. Au premier checkpoint à la sortie de la piste, je suis classé 432ème avec 13.6 km et 1000 m D+ en 2h. 

Les 20 kms suivants d’ascension jusqu’au glacier enchaînent les côtes plus raides où on ne peut plus courir et il faut marcher à un rythme soutenu. Les chemins sont suffisamment larges pour doubler quand je veux et ne sont pas techniques. Je progresse plutôt bien. On traverse la station de La Plagne ce qui offre un répit avec un peu de plat et de descente. Une grosse marmotte nous encourage sur le parcours :-) 

Une grosse marmotte


Un peu avant la Roche de Mio, on rejoint les coureurs de la course des 2 Lacs (la petite version de la 6000 D, sur 22 km). Je suis content de réussir à en doubler alors que je suis parti pour 63 km et eux seulement 22 km ! J’arrive à la Roche de Mio en un peu moins de 4h pour 26.4 km et 2250 m D+. Je suis classé 293ème, j’ai encore dépassé 140 coureurs depuis le premier checkpoint. Je commence à sentir la chaleur et le soleil qui cogne, alors que nous sommes à plus de 2000 m. A chaque ravito, je recharge ma poche à eau. Par contre, contrairement aux autres trails que j’ai pu faire, cette fois-ci, je ne prends rien à manger hormis quelques tucs et me contente de prendre un gel par heure. Je profite également des beaux panoramas pour m’arrêter et prendre des photos de temps en temps. 

A 3000 mètres, pieds dans la neige et tête au soleil

Au fond dans les nuages, le glacier que l'on va gravir

Après la descente du Col de Chiaupe, c’est désormais le point d’orgue de la course qui nous attend : le glacier ! Alors que je débute l’ascension, je vois les 15-20 premiers de la course qui en reviennent déjà, au compte-goutte. Ce passage fait mal aux jambes, la côte est raide et se fait dans des tas de cailloux. En haut à plus de 3000m, les spectateurs venus en télésiège nous attendent en tshirt, comme quoi la météo est vraiment très chaude. La vue est magnifique, des joueurs de tambours nous soutiennent, belle ambiance dans la neige ! Je passe le checkpoint de la mi-course (31km) juste sous les 5h, pile dans mon objectif de temps. Je suis 270ème. Si je gère bien, l’objectif des moins de 10h est à portée ! 

A quoi bon courir avec un mp3 ?

Sur le glacier

La redescente du glacier est la partie la plus technique de la 6000 D. La pente est raide et je descends dans la neige, soit sur les fesses quand c’est possible, soit en essayant tant bien que mal de glisser avec mes chaussures… Puis il y a un passage assez sympa dans un petit pierrier : ca change des larges chemins empruntés jusque là. En revenant au bas du glacier, je croise Benoît qui lui va débuter la montée et lui lance un « attention, la montée vers le glacier est très raide » ! Notre parcours recroise celui des 2 Lacs : je rattrape les derniers de cette course et les dépassent. Ca fait toujours plaisir après 30 km dans les pattes ! 

Le Col de l’Arpette est la dernière grosse montée, 350 m D+ assez raides. Pour ma part, j’apprécie cette partie qui vient casser la descente mais ce n’est pas l’avis de tous les coureurs. Beaucoup ont du mal à encaisser ce passage après déjà 3000 m de D+ avalés. Au checkpoint, je suis 255ème au km 42, en 6h40. Le reste de la course, c’est 20 km avec 2000 m à redescendre. De retour à La Plagne, la chaleur se fait sentir toujours plus, il est 13h00. Le public, comme tout au long de la course, nous encourage avec ferveur. Les jambes commencent à souffrir et j’ai des débuts de crampes. Heureusement, je me suis bien hydraté depuis le départ et celles-ci ne durent pas. 

Vu mon gabarit, je ne suis pas un grand descendeur, j’y vais tranquillement. Les bons descendeurs me dépassent mais je parviens de mon côté à garder un petit rythme et rattraper des coureurs fatigués. Je sens que j’ai encore de l’énergie, alors que je n’ai pas mangé aux ravitaillements. Le moral est là, par contre les muscles des cuisses souffrent ! Les 10 derniers km sont monotones, en forêt. Il y a des suites de petites bosses, de faux plats montants et de descentes en pentes douces. Le retour à Aime, au bout de 60 km, me met une claque : il fait au moins 35 degrés et je finis par marcher les 2 derniers km de plat sur la route. L’animateur annonce que j’arrive 229ème en 9h21, j’ai tout de même réussi à grappiller quelques places sur la dernière partie ! Il m’indique également qu’un autre coureur de l’Athlétisme Metz Métropole a terminé 14ème (Julien Sapy) !! Le Club est bien représenté :-) 

Notre récompense : de la bière et une fondue !

Au final, j’ai bu au moins 8 litres durant la course. J’ai pris un gel par heure et n’ai mangé qu’une quinzaine de tucs pendant les ravitaillements. Comme quoi, il est plus important d’être bien hydraté que bien alimenté sur de longues épreuves. Je me pose à l’ombre et attends Benoît qui finit en 11h45. Nous avons tous les 2 nos thirts de finishers ! Sur le chemin vers la bière on croise Julien qui se repose de sa belle course. Et au bar, je recroise le trailer breton rencontré dans le train. Lui a fini 21ème ! Pour terminer notre récupération, on choisit de faire un restaurant : une innocente fondue montagnarde avec pommes de terre et charcuterie fera office de victime expiatoire de notre fatigue. Le dimanche, mes cuisses se font sentir et j’ai du mal à marcher. Benoît quant à lui cavale dans les escaliers et pourrait refaire la 6000 D en sens inverse :-() A 9h30 nous quittons La Plagne et ses 32 degrés pour revenir doucement vers les 19 degrés pluvieux de la Lorraine …

Bertrand S et Benoit D

Respectons les proportions : un grand verre pour les grands ...

Quelques stats :

  • 1207 coureurs au départ, 901 classés à l'arrivée : 11% d'abandons, 14% hors délais (12h00 maximum pour faire la course)
  • 35°C à l'arrivée
  • 8 L d'eau bus, 16 tucs avalés, 7 gels consommés
  • Pour Benoît :  eau, 3 compotes, 3 barres, 5 gels, du cola et de la banane aux ravitos et surtout 20 trempages de la casquette dans les ruisseaux !
  • >> Le site de la 6000D